Des tas de scénarios plus incongrus, stupides, imaginatifs, fantaisistes ou
improbables les que les autres ont lieu dans ma tête... qu'on m'ait demandé de les imaginer, ou pas. J'ai décidé de partager celui-ci avec vous:
Quatre ans que John s'occupait de sa mère. Quatre ans à pousser sa chaise roulante à travers la maison et la ville.
Quatre ans sans réelle vie sociale ni affective. Quatre ans d'enfer depuis l'accident qui l'avait rendue paraplégique. Mais ce soir à 20h46, il serait délivré de ce fardeau. Il n'aurait bientôt
plus à se soucier d'elle. Toutefois, s'il voulait respecter l'horaire qu'il s'était imposé pour se débarrasser de sa chère génitrice, il devait d'abord être à l'heure pour l'arnaque qu'il avait
mise en place. Il finit alors par se lever.
En se redressant, John se sentit anormalement léger. Il eut l'impression de ne plus ressentir son corps. Il mit cela sur le compte de l'ivresse que lui
procurait l'idée d'une nouvelle vie. Il s'habitua rapidement à cette singulière sensation. Il s'apprêtait à aller chercher ses habits quand il se rendit compte qu'il était déjà habillé. Tout de
noir vêtu. Il n'avait donc pas pris la peine de se dévêtir la veille avant d'aller se coucher. D'un autre côté, ce n'était pas stupide de sa part. Cela lui permit de gagner du temps. Il quitta
ensuite son lit et sortit de la chambre. Il descendit quatre à quatre les escaliers et prit les clés de la maison sur une commode dans le hall. Il cria vers la chambre de sa mère qu'il sortait
pour la journée et que la voisine viendrait s'occuper d'elle aujourd'hui. C'était étrange. Ses paroles étaient presque inaudibles. Telles des chuchotements. Pourtant John avait hurlé à plein
poumons. Sa mère ne lui répondit pas. Tant pis, se dit-il. Il n'avait plus de temps à perdre. Il quitta la demeure.
Quelques minutes plus tard, John se retrouva à son travail à la banque, assis à son bureau, face à son ordinateur.
9h06, il était l'heure pour lui d'accomplir son premier méfait de la journée. Une intense adrénaline envahit John.
Il avait attendu ce moment pendant de nombreux mois. Depuis le jour où la célèbre banque Lehman Brothers l'avait engagé. Toutefois, John avait déjà tout
minutieusement prévu bien avant son embauche. L'idée avait germé dans son esprit au tout début de l'année. Peu après avoir entendu parler de la scandaleuse affaire du trader français qui avait
réussi à s'enrichir sur le dos de sa banque. John avait mené sa petite enquête pour savoir comment il s'y était pris. Après un mois de labeur, John était devenu capable de reproduire les actions
du fraudeur français dans les moindres détails. Peu de temps après, alors qu'il avait réussi à se faire embaucher par Lehman, il avait entamé la procédure de création d'un nouveau compte bancaire
aux îles Caïmans. Ce n'est que la semaine dernière qu'il avait reçu l'appel confirmant que son compte était prêt. Tous ces longs mois à attendre cet appel avaient été un supplice pour John.
Ils lui avaient toutefois permis d'avoir le temps de réfléchir à une méthode rapide, discrète et efficace pour tuer sa mère. Mais sa patience avait payé. La journée la plus déterminante de sa vie
était enfin arrivée.
John se laissa gagner par l'excitation. Il était en communion avec la machine. Il pianotait sur le clavier tel
un virtuose emporté par la passion. Néanmoins, à chaque fois qu'un collègue passait près lui, John sut revenir à la raison et dissimuler astucieusement son travail avec un autre programme
informatique. Cependant, aucun des employés ne se soucia de lui. John paraissait invisible à leurs yeux ce jour là. Une aubaine pour lui car il put ainsi poursuivre son œuvre en toute
tranquillité.
Il fallut 9h et 56 minutes à John pour effectuer tous les virements. Il dépouilla littéralement Lehman Brothers. Il
ne s'inquiétait pas pour eux. En tant que valeur sûre du milieu financier, ils sauraient certainement comment récupérer pareille somme.
Ce soir là, John quitta la banque à 20h04 plus riche de 7,3 milliards de dollars. Exactement comme il l'avait planifié, il lui restait précisément 42 minutes
pour rentrer à la maison et administrer à sa mère le produit libérateur. Sur le chemin du retour, il y avait foule sur les trottoirs de Grandview, pourtant il sembla à John que les gens lui
passaient à travers. Semblable à une masse gazeuse oppressée, il poursuivit ainsi sa route.
Une fois seul devant chez lui, sans plus personne à côtoyer, cette curieuse impression disparut. Il était 20h40
lorsqu'il pénétra dans l'habitation. Il fila alors le plus discrètement possible en direction de la cuisine. Il était en quête de l'arme du crime. Il se dirigea vers une commode coincée entre le
four et le réfrigérateur. Sa libération n'était plus qu'une question de minutes. Il ouvrit le premier tiroir du haut.
La seringue n'était plus là.
A Suivre...
La suite, lundi 20 Avril 2009.
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[Novembre 2008]
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