2.01: “That Hot Summery
Sunlight” (VO)
Plan en hauteur de Biarritz, France. Plans de la ville. Plage, magasins, résidences vacancières, cafés...
plongée sur l'hôpital, plan d’un panneau à l’entrée indiquant « Clinique Delay ».
MIMI
(voix-off, narration)
Pour évoquer une longue période d'inactivité ou une tentative infructueuse de récupérer la gloire perdue, les
humains emploient une expression des plus poétiques: "la traversée du désert".
Plans de l'intérieur de l'hôpital de Biarritz, couloirs, urgences, malades.
J'aime beaucoup ce terme. Les humains assimilent le désert à un lieu paralysant de par sa chaleur étouffante et
son soleil écrasant, un sale endroit, en bref. Pour ma part, le désert a quelque chose de plutôt réjouissant. N'est-ce pas le seul lieu au monde où c'est l'été toute l'année? Et pour moi, l'été
est une saison réconfortante. En cette période c'est agréable de penser chaque matin qu'il y a plus de chance en cette saison que dans tout le reste de l'année qu'on puisse s'épanouir au cours
d'une journée entièrement ensoleillée.
Insistance sur la porte de la chambre 202 de l'hôpital. Zoom sur la porte au moment où une belle infirmière
pénètre dans la chambre. Elle est grande, svelte et longiligne. Sa peau est claire mais déjà quelque peu hâlée par quelques heures de bronzage. Une cascade de cheveux châtains chocolat
légèrement bouclés encadre son visage affiné et sans imperfections. Elle a de grands et envoûtants yeux encore plus bleus que le ciel. Elle affiche de ses fines lèvres beiges rosées un sourire
à la fois poli et gêné.
"Une traversée du désert"... c'est ce qu'il semble que j'ai fait depuis voilà maintenant presque dix longs
mois.
Entrée dans la chambre 202 avec l'infirmière. Plan sur le chien, Mimi, dans le panier au pied du lit du
patient de la chambre. Mimi est réveillée par l'arrivée de l'infirmière. Elle lève brusquement la tête, fixe un instant la jeune femme qui s'avance alors vers le lit. Mimi est étrangement
déconcertée. Elle ne se rendort pas. La chienne se contente de reposer sa tête mais continue de garder un œil sur l'infirmière.
J'avais de grands rêves. Des rêves d'ailleurs, d'inconnu, de nouveauté, de voyages. Et je suis partie. J'ai vu
de sublimes paysages. J'ai voyagé. J'ai fait des rencontres. J'ai même fait une grande rencontre.
Plan sur les perfusions. Plan sur le cardiogramme. Des "bip" stridents s'en échappent à un rythme régulier.
Plan enfin sur le patient. C'est un jeune homme de moins d'une vingtaine d'années. Il a une touffe de cheveux châtains clairs. Son visage est blême, ses traits sont creusés et il laisse
paraître un air comme préoccupé. Ses yeux sont clos. Il est dans le coma.
Un garçon. J'ai voyagé avec le garçon. Le Garçon des Plages. Il est devenu mon compagnon. Mais le voyage s'est
subitement arrêté. Parce que tout s'est arrêté pour le garçon. Son Non-Père lui a tiré dessus. Il m'a tiré dessus. Le Garçon des Plages m'avait emmenée visiter sa Non-Famille. Il avait une
affaire à régler. Mais ça a dérapé. Il devait voir sa Fausse-Mère. Celle-ci se préparait pour le Grand Sommeil lorsque nous sommes arrivés. Le Garçon des Plages et sa Fausse-Mère eurent le
temps de discuter un instant avant qu'elle ne sombre dans le Grand Sommeil et que le Non-Père débarque et ne mette un terme à tout. Et avant que nous nous fassions fusiller, la Fausse-Mère eut
même le temps de me faire un cadeau amical. Un magnifique pendentif pour mon collier. Ensuite, le Non-Père nous a canardés et on est tombés. Des voitures hurlantes sont venues nous chercher. On
nous a transportés dans une grande maison avec plein de gens en morceaux, de gens tout pâles qui crachent leur dedans et de gens qui font venir la mer dans leurs yeux. On nous a soignés. Moi,
j'ai vite pu à nouveau tenir sur mes pattes... mais le Garçon des Plages, quand on l'a sorti de la Salle Guérisseuse, il s'était profondément endormi. C'était pas le Grand Sommeil. Il dormait,
simplement. Le Garçon des Plages était devenu mon ami, mon compagnon, je suis donc restée à son chevet. Cela fait aujourd'hui presque dix mois que j'attends son réveil.
Plans sur l'infirmière qui s'occupe du patient endormi. Elle lui fait sa toilette en lui essuyant bras et
visage avec une éponge humide. Contrôle des yeux avec petite lampe. Pas de réaction. Elle prend son pouls. Il est régulier. Mimi continue de l'observer, suspicieuse. L'infirmière semble avoir
fini son travail mais elle reste figée, la mine torturée, fixant le patient endormi. Elle prend alors une profonde inspiration et lève les yeux aux ciel. Elle se dirige ensuite vers la sortie
de la chambre... afin de verrouiller la porte. Tremblante, elle s'apprête à tourner le loquet de la porte quand soudainement, à l'extérieur, quelqu'un appuie sur la poignée pour entrer.
L'infirmière, surprise, recule maladroitement. C'est la réceptionniste qui entre avec un bouquet de fleur à la main.
MIRANDA
Oh, désolé! Je ne savais pas que vous étiez là ma petite Taylor. Je vous dérange peut-être? Je peux
repasser...
TAYLOR
Heu... je... non, non. Absolument pas. Pas de souci. Vous ne me gênez pas, faites... faites donc ce que vous
veniez faire. Je viens de term...
(se reprenant)
J'avais presque terminé, de toute façon.
Miranda sourit donc à l'infirmière et pénètre donc avec son bouquet.
MIRANDA
J'en ai pour deux secondes. Je viens juste déposer ces quelques fleurs qu'on a envoyées à M.
Garrel.
Taylor essaye de sourire au mieux et de paraître naturel. Elle revient vers le patient. L'infirmière fait mine
de continuer à s'occuper de lui en se mettant à lui essuyer visage et bras avec une éponge, alors qu'elle l'a déjà fait.
TAYLOR
Ce bouquet... c'est... son beau-père qui le lui envoie, j'imagine. Quel homme attentionné, non?
L'infirmière dépose les fleurs près de la fenêtre de la chambre sur une petite commode où ont déjà été
déposées quelques cartes d'amis et autres bouquets. A l'entente des paroles de Taylor, Miranda lui jette alors un regard en coin et sourit ironiquement.
MIRANDA
Mauvaise pioche, ma grande. Ces fleurs, c'est sa tante, Mlle Mélodie Dalon qui les lui envoie. Elle vient juste
de finir de s'installer en ville. Très courageuse, cette femme. Elle surmonte toutes les tuiles qui lui tombent dessus avec le sourire. Elle a vraiment un très bon fond. Tout le contraire du
beau-père de ce pauvre garçon, justement. Vous, on voit bien que vous n'êtes pas vraiment au courant de toute l'histoire...
La réceptionniste se met à arranger les fleurs au mieux. Elle fait en sorte qu'elles aient le plus de lumière
possible. Elle se dirige ensuite vers le lavabo de la chambre pour remplir un verre d'eau qui arrosera les plantes. Taylor, intrigué par les paroles de Miranda, décide de véritablement entrer
dans la conversation afin d'en savoir plus.
TAYLOR
J'imagine bien que je ne sais pas tout, mais je ne demande qu'à en savoir plus. Cela fait moins de 3 jours qu'on
m'a affecté dans cet hôpital, à cet étage. Tout ce que l'on m'a dit à mon arrivée, c'est que ce garçon
(désignant le patient)
s'appelle Florian Garrel, qu'il a plus de 18 ans et qu'il a vécu une véritable tragédie. Son...
(se reprenant)
des gens m'ont ensuite appris qu'il avait quelque part causé cette tragédie. On m'a dit qu'il avait fugué, que
cela avait profondément attristé sa mère et que quand il s'est décidé à rentrer, il l'avait trouvée rendue folle par le chagrin, décidée à le punir en le tuant. On m'a ainsi expliqué que c'est
sa mère qui, avant de se donner la mort, lui avait tiré dessus avec une carabine, ce qui l'avait fait passer par le fenêtre pour tomber depuis le premier étage s'écraser la cage thoracique.
J'ai peu après entendu que le beau-père avec qui ils vivaient, était depuis rongé par la tristesse mais qu'il traversait cette rude épreuve dignement et qu'il s'était engagé à bien prendre soin
de son beau-fils.
MIRANDA
(secouant la tête en signe de désapprobation et continuant de sourire ironiquement)
Ce qu'on vous a raconté, ma chère, ce n'est qu'une version de l'histoire. Plus précisément, la version de
Térence Paladel, le beau-père en question. Après le gens croient ce qu'ils veulent. Moi, j'ai plutôt tendance à croire l'autre version.
TAYLOR
Quelle est-elle?
MIRANDA
(tout en arrosant les plantes)
Eh bien... peu de gens y adhèrent. En fait, il s'agit surtout de ceux qui sont bien originaires de la ville et
qui connaissent bien la famille Garrel, comme moi. Dans cette famille, il y a donc le fils, la mère et le beau-père. Le vrai père ayant disparu mystérieusement des années plus tôt. Mais ça
c'est une autre histoire. A la disparition de ce dernier, la mère a donc empoché la totalité de la fortune que son riche entrepreneur de mari avait accumulé et Térence Palaldel, qui n'était que
le majordome de la riche famille à l'époque, s'est alors étrangement et rapidement épris d'elle. Peu de temps après, ils étaient mariés. Vous ne pouvez pas imaginer l'encre que ça a fait couler
dans la région. On titrait: "La veuve la plus riche de France se remarie". On pourrait penser que l'histoire s'est arrêté là... et d'ailleurs, dans la presse, il n'y a pas eu de suite... mais
en ville, on continuait d'en parler car les voisins et proches de la désormais Mme Paladel rapportaient que depuis le mariage, elle semblait renfermée sur elle-même, abattue et que qu'on
entendait souvent Térence la harceler et élever la voix contre elle et son enfant... son enfant, ici présent.
(désignant le patient)
Il n'était qu'un bébé à l'époque et d'après les proches, c'était devenu la seule chose à laquelle se vouait Mme
Paladel. Les rumeurs disaient que pendant des années, elle s'est employer uniquement à prendre soin de son enfant et à le protéger du prétendu sale caractère de Térence. Puis, les années ont
passé et peu après ses 18 ans, le gamin a alors fugué. Un partie des gens d'ici a tout de suite interprété cela par un ras-le-bol du garçon, une tentative d'échapper au tortionnaire qu'était
vraisemblablement son beau-père. Si bien qu'après la tragédie qui eut lieu à son retour, quand M. Paladel nous a sorti son histoire de mère suicidée rendue barge par la tristesse au point de
vouloir tuer son propre fils, les gens qui connaissait les antécédents de la famille n'y ont pas vraiment cru.
TAYLOR
Pourtant, d'après ce que les gens racontent, il me semble qu'ils croient plus la version de M.
Paladel...
MIRANDA
(allant reposer le verre qu'elle avait pris dans le lavabo)
C'est parce qu'ils ne prêtent pas vraiment attention à cette histoire, que la seule source qu'ils ont ce sont
les déclarations télévisées de Térence Paladel. Mais, moi, pour ma part, ainsi que beaucoup de gens dans cet hôpital, nous voyons bien ce qu'est en fait la réalité. M. Paladel a beau faire de
larmoyantes interviews télé où il se déclare profondément bouleversé et encore sous le choc du drame, nous savons bien qu'il a déjà tourné la page, qu'il ne vit même plus dans le manoir Garrel
et qu'il vit extrêmement bien dans sa nouvelle villa à La Rochelle de ses nouvelles activités boursières. En effet, tout est dans le dossier de ce pauvre Florian Garrel... la nouvelle adresse
ainsi que la profession... et il a beau avoir dit qu'il s'engageait à bien prendre soin de son beau-fils, resté dans le coma à cause de sa chute, nous, ce que nous voyons, c'est que jamais il
n'est venu lui rendre visite et jamais il ne lui a adressé le moindre message ou cadeau. Alors...
(s'approchant désormais du lit puis s'appuyant sur la barre à son pied et posant son autre main sur sa
hanche)
... je dois vous dire que pour travailler dans cet hôpital et encore croire que Térence Paladel est un homme
attentionné, la seule excuse que vous avez c'est bien de n'être là que depuis 3 jours. Par ailleurs, si je peux vous donner un conseil, c'est d'éviter de prêter trop attention à cette
histoire... vos prédécesseurs ont rarement tenu plus d'un mois. A force de se faire harceler par les gens et les journalistes pour savoir ce qu'il advenait de ce pauvre garçon ou avoir des
détails croustillants concernant cette triste affaire, elles finissaient toujours par démissionner ou se faire virer parce qu’elles cédaient et racontaient tout pour un peu
d'argent.
TAYLOR
Je... je vois. J'espère que cela me sera utile de savoir ça.
MIRANDA
Eh bien, dans un sens, oui. Maintenant que je vous ai mise au courant, il y a moins de chances que vous
subissiez le même sort que vos consœurs. Vous éviterez de reproduire les mêmes erreurs... ah...
Miranda et Taylor se sourient mutuellement avant de poser toutes les deux leurs regards sur le jeune garçon
dans le coma. Taylor sait déjà qu’il lui est impossible de respecter ce bon conseil. Elle se mord les lèvres en observant le pauvre garçon endormi. Dehors, le soleil de l’été se met à
rayonner de plus belle. Tristement, c’est aussi la dernière chose que Florian, le jeune homme comateux, a vu avant de sombrer. La reverra-t-il un jour ? Taylor, à contrecœur, a pour
mission de s’assurer que jamais il ne la revoit… Cette chaude et estivale lumière du soleil …
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